En contribuant à faire voter un amendement censé faciliter le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, François de Rugy a cédé à la politique des coups. Ce faisant il n’a rendu service ni à la gauche, ni à la cause bretonne, ni aux citoyens de l’ouest.

Il y a donc en France des parlementaires qui n’ont pas d’autres priorités que d’alimenter régulièrement de vieilles querelles institutionnelles. Batailler en tandem avec un élu UMP pour la reconstitution administrative de la Bretagne historique est évidemment une priorité politique majeure à cinq mois des élections présidentielles. La crise financière, le chômage, la casse des services publics, non, la Bretagne ! Merci pour le service rendu à la gauche et sa perception par les classes populaire.

Je ne suis pas non plus certains que l’on rende ainsi service à la Bretagne. Cet amendement disparaîtra dans la suite de son examen au Parlement ; ce nouvel avatar procédural, loin de lever une espérance, marquera une nouvelle fois l’impasse du débat sur la réunification. Cette quête stérile épuise la Bretagne qui est pourtant elle-même confrontée à d’autres défis. Je ne crois pas que la stratégie actuelle fondée sur le lien entre développement et identité ne conduise aux succès espérés.

L’amendement de François de Rugy visait à permettre à la Loire-Atlantique et aux départements bretons de décider seuls de leur avenir sans que soient consultées les populations des autres départements des Pays de la Loire. Je peux comprendre que les partisans de du rattachement regrettent de dépendre de cette consultation, mais disposer de la capacité de détruire une région sans demander l’avis de ses habitants est particulièrement inique. François de Rugy devrait comprendre que l’avenir de l’ouest et de son organisation institutionnelle ne peut dépendre d’un coup de force des uns contre les autres mais passe par un consensus et une construction commune. Il n’y a pas d’autre chemin possible pour des hommes et des femmes censés, attachés à l’intérêt général, voulant construire avec les autres et non contre eux.

Enfin, peut-on vraiment encore croire dans l’ouest que le retour à des frontières héritées de l’histoire répondra aux enjeux d’aujourd’hui et de demain ? Je fais partie de ceux qui défendent à terme la création d’une région armoricaine Loire – Bretagne. Cette région existe déjà par la géographie, les liens humains, les projets communs. L’histoire s’écrit en regardant vers l’avenir et non en menant des combats d’arrière garde. C’est au sein de cette grande région que la Bretagne retrouvera sa cohérence et pourra œuvrer au rayonnement de sa langue et de sa culture.

Quant à moi, je ne peux me résoudre à cet écartèlement. Viscéralement nantais, mes parents sont tous les deux comme moi nés à Nantes. Avec trois de mes grands-parents vendéens et le dernier landais je pourrais vivre loin de la Bretagne ; pourtant « par chance, mais aussi par vouloir, je dors en Bretagne ce soir ». Xavier Grall, Louis Guilloux ou Georges Perros, comptent pour moi autant que Julien Gracq ou René-Guy Cadou. Les rares fois où j’entends une cornemuse dans les rues de Nantes, je le ressens comme une évidence émouvante, et pourtant je suis le premier vice-président de la région des Pays de la Loire. Je pense métissage et identités plurielles avant de penser appartenance, je crois être ainsi fidèle à mon combat et aux valeurs de la gauche.